Corps parfait sur Instagram: quand tout n'est pas une question d'angle

La silhouette parfaite n'existe pas, ou alors juste sur Instagram: Le 14 février, la coach sportive Lucile Woodward l'a affiché avec une vidéo révélant son corps sous deux angles bien différents. Retour sur l’impact de ce post, relayé et imité de plus en plus souvent.

171: c’est, en milliers, le nombre de vue d’une publication récente postée sur Instagram par la coach sportive Lucile Woodward. Si la Française s’est fait un nom dans le milieu du fitness grâce à ses conseils et ses entraînements diffusés sur Youtube, elle s’attaque cette fois-ci à un problème plus insidieux: l’illusion du corps parfait sur les réseaux sociaux. Dans une vidéo publiée sur son compte le 14 février, elle démontre à quel point la posture et peut changer totalement une silhouette. En images, le premier plan la dévoile de profil, pull relevé, ventre plat et abdominaux légèrement dessinés. L’instant d’après, tout se relâche et révèle un petit arrondi au niveau du bas-ventre. Même vidéo, même corps: mais une posture différente.

«Enceinte? NON ! 1er jour du cycle? OUI! Mauvaise posture? OUI! Besoin de maigrir? Non ! La perfection n’existe pas! Tout est une question d’angle, de timing, de posture mentale et physique! », Écrit-t-elle en légende. La coach n’en est pas à son coup d’essai et déjà publié d’autres photos-montages pour dénoncer les standards de beauté «truqués» des réseaux sociaux. Elle est loin d'être la seule: d'autres influenceuses, comme le top portugais vu chez Victoria's Secret Sara Sampaio, la journaliste britannique Danae Mercer ou encore la bloggeuse fitness Chessie King ont pris également la pose sur Tik Tok et Instagram, derrière le hashtag viral #samebodydifferentpose («même corps, posture différente» en français).

Lutter contre les injonctions

Pour Lucile Woodward, tout est parti d'un constat amer. Chaque jour, elle reçoit sur sa boîte mail d’innombrables messages de femmes qui ne supportent pas leur apparence physique. «C’est très dur de recevoir tous ces témoignages de gens qui se détestent et ont l’impression de ne pas être normaux, explique-t-elle. J’ai fait cette vidéo pour mes abonnés, mais encore plus pour ces personnes désespérées qui n’arrivent pas à se détacher de ce besoin de perfection ».

Les injonctions de beauté et le diktat du corps «photoshopé» ne sont pas une problématique récente. Mais ces dernières années, les réseaux sociaux sont vénus, comme le souligne Mickael Stora, psychologue et psychanalyste. «Les magazines féminins souhaitent déjà créer la souffrance, mais Instagram a démocratisé l’injonction du corps parfait, observe le fondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines. Par la proximité établie entre les influenceurs et soi-même, l’autre est presque notre semblable. L’idéal devient donc deux fois plus tyrannique ».

En vidéo, "Style not Size", la pari body positive de deux influenceuses de mode

Les limites du body-positivisme

«Il est normal, sain et préférable que votre corps s’adapte à votre façon de bouger. Soyez gentils avec les gens et envers vous-même et ne commentez pas le corps changeant des autres », conseille le top Sara Sampaio dans une vidéo Tik Tok publiée le 12 février, dans laquelle elle affiche son corps sous toutes les coutures. Ce message a été plébiscitée par sa communauté, récoltant plus d'un million de likes. D’après la psychanalyste et psychosociologue Catherine Grangeard, cet engouement s’explique par «un ras-le-bol général éprouvé par les femmes». «La société est désormais en attente de ce genre de contenu, assure le spécialiste de l’obésité. Elles en ont marre de ces normes qui les font souffrir, complexer. »

Et si le message est aussi percutant aujourd’hui, c’est grâce au mouvement du corps positivisme, célébrant l’amour de soi dans toute son entièreté. Orchestré depuis plusieurs années aux États-Unis, il est relayé par des célébrités comme les chanteuses Beyoncé, Lizzo ou encore Yseult en France. «Ce mouvement a permis de dénoncer la bêtise de considérer qu’un seul type de corps, de morphologie, pourrait être désirable», résume Catherine Grangeard.

En revanche, si ce courant participe à s’affranchir des diktats de la société actuelle, il reste encore à améliorer, selon la coach Lucile Woodward. «Ce mouvement est important car il montre des femmes de toutes les morphologies mais bien souvent, sur les photos, leurs fesses restent plantureuses et leur peau lisse, sans cellulite, nuance-t-elle. Cela ne continue pas toujours la réalité ». Le spécialiste du fitness souligne ainsi l’importance de se montrer sous son vrai jour, sans filtre ni posture exagérée.

Une progression timide mais encourageante

Pourra-t-on un jour faire la paix avec notre corps? Le psychologue et psychanalyste Mickael Stora juge cette évolution des mentalités encourageante mais encore trop récente pour être pleinement efficace. «La tolérance à l’égard de soi-même généré d’éléments qui viennent du social – et de ce point de vue, les influenceuses sont importantes – mais également une influence psychique, indique-t-il. Cette dernière est ancrée encore plus profondément et ne pourra se déconstruire qu’au fur et à mesure, plus lentement ».

D’après le fondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines, le mouvement du corps positivisme reste même encore trop timide. «Pour vraiment faire une différence, il faudrait être plus créatif, plus militant, voir-il. La résistance ne se fera pas sur les réseaux sociaux. Instagram fonctionne comme la publicité et donc joue sur deux fragilités, le désir et la culpabilité: l’envie d’être comme les influenceuses que l’on suit et la culpabilité ne pas y arriver ».

En attendant des …

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