Covid-19: «40 jours enfermé à l’hôpital en Chine», le récit édifiant

Jusqu'alors, il était passé entre les gouttes. Correspondant à Pékin du quotidien La Repubblica, l'Italien Filippo Santelli avait été en contact avec le Covid-19, mais n'avait jamais été contaminé. Envoyé en reportage à Wuhan, le 22 janvier 2020, alors que le nouveau coronavirus commençait à flamber dans la province du Hubei, il était allé au marché aux poissons, cœur du foyer épidémique désormais fermé par les autorités. Il avait interrogé les voisins et s'était rendu devant un hôpital où les malades, fiévreux, mis la queue sur des centaines de mètres pour obtenir un diagnostic.

Le soir même, alors qu'il écrivait son article, il avait quitté en urgence son hôtel après avoir entendu que le gouvernement chinois fermerait la ville le lendemain matin. «J'ai pris l'un des derniers vols nocturnes pour Pékin, car j'ai estimé que je prenais trop de risques à rester là», se souvient le journaliste de 36 ans.

Filippo Santelli n'a pas contracté le Covid-19 dans cet avion-là, mais dans celui qui le ramenait en Chine à la mi-octobre 2020, après un mois de vacances passé auprès de sa famille en Italie. Asymptomatique, il a été pris en charge par les autorités à Nanjing, dans l'est du pays, et mis à l'isolement dans un hôpital construit à la hâte au début de la pandémie. Il n'a pu le quitter qu'au bout de quarante jours, pour rejoindre un hôtel où il est resté sous surveillance deux semaines de plus. Il nous raconte la privation de liberté et l'angoisse de ces journées sans fin. Un témoignage choc sur la gestion coercitive et autoritaire de la crise sanitaire en Chine.

Le 15 octobre 2020, vous prenez l'avion pour rentrer d'Italie en Chine. Les conditions d'accès au territoire étaient-elles déjà drastiques?

FILIPPO SANTELLI. Oui, car le danger venait de l'extérieur: les nouveaux cas de Covid-19 déclarés en Chine étaient tous importés. Les autorités étaient très scrupuleuses, elles ne voulaient prendre aucun risque. J'ai donc dû me soumettre à un test PCR trois jours avant le vol et le faire valider par l'ambassade de Chine à Rome. J'ai présenté ces documents afin de pouvoir embarquer et, à l'aéroport de Nanjing, j'ai eu droit à un nouvel écouvillon dans le nez. Après, on m'a emmené dans un hôtel de banlieue pour deux semaines de quarantaine, comme tous les étrangers qui étaient dans l'avion. Nous étions disposés sous surveillance, avec interdiction de sortir de nos chambres, même si elles avaient pas fermées à clé. Le personnel venait souvent prendre notre température. Selon la procédure, au bout des deux semaines, nous aurions dû être testés, et retrouver la liberté si le résultat était négatif.

Mais, en ce qui vous concerne, au bout de quelques jours, ça a tourné au vinaigre…

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Un tour de l'actualité pour commencer la journée

Quarante-huit heures après mon arrivée à l'hôtel, j'ai eu droit à un nouveau test PCR: deux des personnes qui étaient sur mon vol avaient, entre-temps, été contrôlées positives. Le couperet est tombé le dimanche 18 octobre, vers 20 heures. J'ai reçu un message d'un contact inconnu sur WeChat, le réseau social chinois que tout le monde utilise ici pour communiquer. J'ai tout de suite compris qu'il y avait un problème. Mon test était positif, il fallait que je fasse des examens plus poussés, j'allais donc être immédiatement transporté vers un hôpital.

Vous sentiez-vous malade?

Pas vraiment. La nuit qui a précédé ce départ précipité, j'ai ressenti des douleurs dans une jambe, mais comme je souffre régulièrement après un long vol en avion, je n'y ai pas prêté attention. Je n'avais ni fièvre ni aucun autre symptôme.

Avez-vous eu peur à ce moment-là?

Non. Tout est allé si vite que je n'ai pas eu le temps de réaliser combien la situation était sérieuse et effrayante. Immédiatement après avoir reçu ce texto, les autorités ont activé cette application le «traçage de mes contacts». Elles m'ont posé plein de questions: d'où je venais? Quel était mon siège dans l'avion? A qui j'avais parlé pendant le vol?… Et, dans le même temps, il fallait que je fasse mes valises au plus vite, car une ambulance m'attendait en bas de l'hôtel. J'ai juste pris cinq minutes pour prévenir mon journal et ma famille.

Où avez-vous été transporté?

Je ne sais pas. Il faisait nuit, je n'arrivais pas à suivre la route. J'ai jeté un œil au GPS de mon téléphone, j'ai vu qu'on roulait vers l'est, à une heure de Nanjing, environ. A aucun moment, sur ne m'a dit le nom de l'hôpital où l'on m'emmenait. Le Dr Chen – c'est elle qui allait me prendre en charge les jours suivants – m'a contacté pendant le trajet pour moi demander si j'avais des allergies, si j'étais en bonne santé… Et puis, je suis arrivé au milieu de nulle part, on m'a ouvert la porte de l'ambulance. Face à moi se dressait une sorte de conteneur blanc, immense et bas de plafond, en rase campagne. Sur le seuil m'attendait une infirmière aux allures de cosmonaute, couverte de la tête aux pieds.

C'est elle qui vous a emmené jusqu'à votre chambre?

Oui, elle a été mon seul contact physique, ce soir-là. Je l'ai suivi dans un long couloir avec beaucoup de portes. Sur l'une d'elles, mon nom était déjà inscrit. Elle m'a fait entrer dans la chambre, m'a expliqué très sommairement le fonctionnement du service: il y avait deux codes QR, l'un pour contacter le groupe des infirmières en cas de problème, l'autre pour acheter ce dont j 'avais besoin à la boutique de l'hôpital, comme la nourriture ou le papier toilette. Il devait être 22 ou 23 heures. Elle a pris ma température et ma tension artérielle, puis elle est partie. Elle a fermé la porte et j'ai entendu la clé dans la serrure. Ce cliquetis m'a soudainement fait prendre conscience de la situation. J'étais désormais seul dans une chambre de 15 m2, verrouillée, basse de plafond, sans accès sur l'extérieur et à 9000 km de ma famille! Je n'avais aucun …

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