Des entraîneurs de «fitness» se tournent vers les cours à distance

Quand la pause a été décrétée, des domaines habituels à être en mouvement perpétuel ont été arrêtés dans leur élan. Et les salles d’entraînement, les vidéos de leurs passionnés.

La ruée vers l’équipement sportif a été féroce. Des arnaques en ligne vendant, faussement, des haltères à prix alléchants ont rempli les poches des fraudeurs.

Fondatrice et directrice des gyms Report Fitness, Alessia B. Kofftun a vu l’un d’entre eux, celui qui est à LaSalle, être cambriolé.

Ils sont partisans avec tout ce qu'ils avaient et avaient de plus lourd, raconte-t-elle. Les barres, les plaques, les haltères russes en fonte, les boîtes de saut, même. «Le plus drôle? Ils ont laissé les ordis. C’était vraiment des fanatiques d’entraînement désespérés! »

Alessia rigole, mais sa situation ne pousse pas à faire de même. «Même avec la baisse de 75% du loyer offert par le gouvernement, il me faut payer le 25% restant pour mes trois gymnases, des assurances, des frais bancaires… Si l'on n'obtient pas le feu vert pour rouvrir bientôt, sur ne pourra pas tenir très longtemps. »

Comme beaucoup, l’entrepreneuse montréalaise s’est «adaptée». Certains membres de son équipe, qui compte habituellement 15 entraîneurs, offrent des cours en ligne. Au début, c’était exclusivement sur Instagram et sur Facebook. Et gratuit. Mais la fermeture se prolongeant, la directrice a étendu l’offre sur Zoom, où les cours se vendent à 7 $ l’unité. «Si l’on est chanceux, il y a une dizaine de participants. Et 50 $ vont au coach. »

Comprenons, Alessia B. Kofftun ne fait pas beaucoup.

Elle ne songe absolument pas à continuer d’entretenir une offre virtuelle après la pandémie. Que non. «Avec tout mon respect, donner des entraînements en temps réel, c’est notre modèle d’affaires. Des ressources en ligne, il y en a trente-six mille – et des fabuleuses. Mais nous, nous sommes un commerce de détail. »


Formules en ligne

Justement, ces ressources en ligne. Elles ont vu une poussée massive depuis le début du confinement. Comme la charismatique youtubeuse Maddie Lymburner, de la chaîne MadFit. Formée en ballet, fana de aptitude, la Torontoise connue pour ses chorés sur des airs pop a réussi à attirer, depuis le début du confinement, quelque 1,5 million de nouveaux abonnés. C’est gigantesque.

De telles chaînes constituant-elle une compétition ou un complément à l'offre en salle? «Ce n'est absolument pas une compétition, répond sans hésiter Sheila Rose. C’est génial de voir d’autres formules s’installer. »En somme: plus sur est de fous plus sur rit.

Sauf qu’ici encore, tout n’est pas marrant. Comme beaucoup de ses confrères, la pétillante entraîneuse qu’est Sheila Rose a perdu en mars tous ses contrats d’entraînement privé. Et tous les cours de groupe, Qu'elle donne, elle aussi, chez Report Fitness.

Point positif: la pandémie a fait d’elle une entrepreneuse. Et vite. Les événements de la poussée à devancer le lancement de la plateforme qu’elle mijotait depuis un moment. Intitulée Niveau Optimal, ce programme est destiné… aux entraîneurs voulant perfectionner leur pratique en ligne. À point nommé, dites-vous?

«Le chaos a créé des opportunités», comme elle le dit joliment.

Il faut dire que Sheila n'est pas une néophyte du aptitude en mode numérique. Depuis deux ans, elle dirige un programme de «transformation en six semaines», porté sur l'alimentation et l'entraînement. Pendentif la pandémie, dit-elle, les inscriptions ont grimpé.

Ce qui grimpe aussi, c'est la question: les gens voudront-ils encore payer pour un abonnement au gym une fois tout cela fini? «Oh, absolument, assure Sheila Rose. La gratuité, c’est attrayant au début. Mais ce n'est pas tout. »

Non, ce n’est pas tout, confirme Uriel Arreguin. «Sur un besoin de bouger, de marcher, de courir. On a besoin de danser. »

Professeur au Club MAA et au Club Atwater, Uriel Arreguin n'a pas attendu longtemps après la pause obligatoire pour démarrer son programme en temps réel sur Zoom. Depuis, il anime vingt cours par semaine: séances d’étirement, danse rétro, cours corporatifs… Il propose des abonnements hebdomadaires à 35 $ ou des cours à l’unité pour 10 $. Ses élèves fidèles l’ont suivi. D’autres se sont joints à lui. Une trentaine se retrouvent habituellement devant leur écran. «En tant que mexicain, je dis toujours: mi casa es tu casa. Mais que les gens ouvrent leur maison pour s’entraîner avec moi, j’en suis doublement reconnaissant. »

Danseur aguerri, M. Arreguin a constamment de nouvelles idées. Il y a quinze ans, il a lancé un cours de cardio-danse en DVD. «Un best-seller! »Sourit-il. Quand les temps changent, il convient au mouvement. Son mouvement.

D’autres confrères n’ont pas cette chance. «La situation a causé un stress à beaucoup de professeurs, d’artistes, d’entraîneurs. Tous n’ont pas accès à la technologie. Tous n'ont pas accès, tout simplement, à un espace. »

Lui se dit chanceux d’en avoir un peu, d’espace. Juste assez pour danser, et enseigner. «Dans un de mes cours, on utilise quoi? Une chaise. Mais avec elle, on fait une barre de ballet. Des étirements. Des pompes. »Il anime aussi des classes thématiques. La vie est belle, une soirée à la française. La Dolce Vita, une soirée à l’italienne. «Sur mélange le contemporain, la danse latine, le hip-hop, la pop. Les gens se …

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