Éclosion majeure au Méga Fitness Gym: la ventilation (aussi) en cause?

Le collectif COVID-STOP, qui avait réclamé le 2 avril une réforme des mesures sanitaires afin de tenir compte de la transmission aérienne prédominante de la COVID-19, se demande si, au-delà des lacunes observées par des clients et les autorités , l'éclosion majeure qui a occupé le Méga Fitness Gym aurait pu être évitée ou limitée si l'établissement avait été soumis à des directives claires intégrant l'apport d'air extérieur et la ventilation.

Rappelant que le gouvernement a établi des seuils maximum de concentration de CO2 dans les classes de nos écoles (le ministère de l'Éducation juge acceptable un taux de CO2 de 1500 ppm, même si les experts internationaux recommandent des seuils entre 600 et 800 ppm) , le collectif déplore dans un document transmis au Soleil Il n’existe aucune directive spécifique à la ventilation pour les gestionnaires de gym, ouverts le 26 mars et refermés jeudi en zone rouge, et toujours ouverts dans les autres zones.

À Québec, outre le Méga Fitness Gym, au moins un autre gym a été le théâtre d'une éclosion au cours des deux dernières semaines.

Selon le groupe d’experts, les salles d’entraînement doivent être soumises à des critères de ventilation précis qui respectent les normes ASHRAE (pour American Society of Heating, Refrigerating and Air Conditioning Engineers). Tous les lieux intérieurs accessibles au public (salles de spectacle, lieux de culte, restaurants, par exemple) devraient d'ailleurs respecter les normes de ventilation strictes en période de pandémie, particulièrement dans un contexte où des variantes hautement transmissibles du virus circulent, juge le regroupement.

Le collectif déplore que dans son Guide de normes sanitaires en milieu de travail pour le secteur des activités intérieures et extérieures de sport, de loisir et de plein air, la CNESST parle abondamment de distanciation physique, d'hygiène des mains, d'étiquette respiratoire et autre nettoyage des surfaces, mais ne propose qu'une directive vague à propos de la ventilation. Il faut, écrit simplement la CNESST, «assurer le bon fonctionnement et l’entretien des systèmes de ventilation, en fonction des exigences réglementaires pour le type d’établissement et les tâches effectuées».

Idem pour les directives spécifiques pour le secteur du loisir et le sport du gouvernement, qui ne sont pas vraiment spécifiques en ce qui a trait à la ventilation. Là encore, on indique simplement que «la ventilation doit permettre une bonne circulation de l'air», que «le bon fonctionnement et l'entretien des systèmes de ventilation en fonction des exigences réglementaires selon le type d'établissement sont essentiels», et qu'il faut «éviter que des jets d'air ne soient propulsés directement sur des personnes».

Pire encore, souligne le collectif, selon ces directives, «dans le contexte du loisir et du sport, le masque ou le couvre-visage peut être retiré au moment de la pratique d'une activité physique d'intensité modérée à intense».

Ou lorsqu'une personne fait de l'activité physique intense, elle produit 58 fois plus d'aérosols que lors de la respiration normale, mentionne en entrevue la physicienne Nancy Delagrave, coordonnatrice du collectif COVID-STOP, citant une étude parue en mars dans Anesthésie. «On y inspire profondément d’air aussi, donc on s’expose aussi davantage à inspirer des particules infectieuses», souligne-t-elle.

Dans le cas du Méga Fitness Gym, le fait que la section cardio de la salle d'entraînement, qui comprend les tapis roulants, se trouve sur une mezzanine pourrait favoriser la concentration d'aérosols à cet endroit si la ventilation n'est pas adéquate , notent les membres du comité ventilation de COVID-STOP, composé notamment d'ingénieurs.

Selon eux, les «unités de toit» de la plupart des édifices commerciaux sont en fait des systèmes de thermopompes prévus pour chauffer ou climatiser. «Ils vont recirculer le même air. Au maximum, si on est chanceux, un apport d’air frais de 10% (de leur volume d’air) va être injecté dans le système. Mais c’est souvent la première a choisi que les gens vont fermer pour économiser les coûts du chauffage ou de la climatisation. Là, les gyms ont été fermés pendant quelques mois. Est-ce que les gestionnaires de gymnases y ont pensé (à l’apport d’air frais) quand on a annoncé la réouverture des gymnases? » servir-ils.

Les experts de COVID-STOP ont constaté que le toit de l'établissement où loge le Méga Fitness Gym est muni de trois appareils de ce type, ce qui apparaît «très peu» compte tenu notamment de la nature des activités qui se déroulent dans le bâtiment, estiment-ils.

Selon un client du Méga Fitness Gym à qui nous avons parlé et qui a contracté la COVID-19 à la fin du mois de mars après avoir fréquenté l'établissement, «l'air devait être vraiment vicié parce que j'ai toujours porté mon masque pendant l'entraînement ». «Je ne l’ai enlevé que quelques minutes pour prendre ma douche», nous a-t-il dit.

Aérosols et événements superpropagateurs

Sans commenter directement l'éclosion du Méga Fitness Gym parce qu'il n'en connaît pas les détails, le Dr Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill, souligne en entrevue que «de façon générale, les événements superpropagateurs sont très importants dans la pandémie actuelle ».

«On sait que le virus de la COVID va fréquemment causer des événements superpropagateurs. Ce n’est pas surprenant parce que son proche cousin, le virus du SRAS de 2003, avait la même propriété. Ça s’explique en partie par le fait que les patients sont très hétérogènes dans leur contagiosité. Il y en a qui sont peu ou pas contagieux, il y en a d'autres qui le sont beaucoup », rappelle le Dr Tellier, citant une étude faite à Hong-Kong dans les premiers mois de la pandémie qui montrait que 80% des cas secondaires …

Laisser un commentaire