Fermées depuis cinq mois à cause du Covid, les salles de sport sont à


Le tunnel s’allonge chaque mois. Et comme d'autres secteurs durement frappés par la crise sanitaire, l'écosystème des salles de sport, qui accueille d'ordinaire, dans près de 6500 établissements, près de 7 millions d'adeptes de football à cinq, de fitness ou d 'escalade, se fragilise jour après jour. «Pour l’instant, il est assez difficile d’évaluer les dégâts», estime Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport & Cycle, organisation professionnelle de la filière sport, «Mais il y aura de la casse, c’est une évidence».

L'illusion d'un secteur encore à flot, qui emploie près de 70000 salariés, dont 80% ont moins de 30 ans, provient des mécanismes mis en place par l'État, avec les prêts garantis par l'État (PGE) et les aides du fonds de solidarité datant de décembre 2020. «C’est parce que 90% des salariés du secteur sont en chômage partiel», assure Virgile Caillet.

«Mais là, on arrive au bout. On touche aux limites des aides », estime Christophe Goniot, qui cogère trois salles de fitness du réseau «Keep Cool» en région parisienne.

«Je me demande comment font les autres»

Lui assure avoir perdu près de 80% de son chiffre d'affaires depuis le déclenchement de la crise, soit «
près d’un million d’euros »
, et ne peut plus payer ses loyers. «On est en train d’accumuler une montagne, et chaque jour la montagne s’élève un peu plus», résume-t-il.

Mais jusqu’à quand cela va-t-il tenir?

Promis depuis janvier par Bercy, le dispositif de prise en charge des charges fixe à hauteur de 70% pour les entreprises de plus de 50 salariés, et 90% pour les plus petites, n’est toujours pas activé.

«Le décret n’est toujours pas sorti. Ça bloque à Bruxelles qui doit donner son feu vert. Mais ce décret est très attendu, car vital pour le secteur », explique Virgile Caillet. «Il n’y a pas eu de nouveau soutien pour les salles de sport depuis décembre. Donc il n’y a plus grand-choisi dans les caisses. »

La reprise, dont personne ne peut prédire quand elle aura lieu, ne s’annonce pas non plus si simple.

«On va repartir avec moins d'abonnés et avec les mêmes charges. Et nous avons été pointés du doigt, il va falloir regagner la confiance des gens. Ce ne sera pas simple », pronostique Christophe Goniot.

«J’ai appris à vivre sans moi projeter. Ma vie en tant qu’entrepreneur, c’est les montagnes russes depuis un an », explique cet ancien capitaine de l’équipe de France de baseball. «On nous promet des aides, qui arrivent au compte-gouttes, c’est compliqué, vraiment. » Après l’incompréhension et la colère qui avait frappé les salles de sport à la suite des fermetures annoncées par le ministre de la Santé Olivier Véran fin septembre 2020, avant même les bars et restaurants, la résignation à emporter une partie du secteur. À l’époque, les gestionnaires de ces salles ne comprenaient pas pourquoi le secteur était pointé du doigt alors qu’aucun cluster n’avait été décelé dans ces salles. Une question que certains se résument encore.

«On nous promet

des aides, qui arrivent

au compte-gouttes,

c’est compliqué »

Dans certains secteurs comme le fitness, l’érosion des adhérents ne se tarit pas. «On perd environ 5% d’adhésions par mois. Et ce sont des clients il va falloir ramener », explique Christophe Goniot, une érosion examinée entre 30% et 50% le secteur. L’absence de perspective claire sur une possible réouverture ajoute inévitablement aux doutes sur la viabilité post-crise de l’écosystème.

«C’est vrai qu’on n’en voit pas le bout. Et ce temps long est quelque chose dont, en tant qu’entrepreur, on n’est pas habitué », résume Samy Camarzana, l’un des cofondateurs du groupe Arkose, spécialisé dans les murs et les blocs d’escalade.

Ce groupe, qui avait réalisé près de 24 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019, et qui emploie 350 salariés, a perdu entre 20% et 30% de son CA en un an. «On arrive à s’en sortir parce qu’on avait pas mal de trésorerie avant la crise. Mais je me demande comment font les autres », s’interroge-t-il.

C’est d’ailleurs l’un des paradoxes de cette crise, avec des aides qui maintiennent en vie certaines petites structures qui n’auraient peut-être pas survécu hors Covid-19.

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