Karen Northshield, survivante des attentats de Bruxelles: Retour vers

Société

Cette citoyenne belgo-américaine a été soufflée par la bombe à l'aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016. Après des années d'hospitalisation, la hanche et une partie de la jambe arrachée, la jeune femme qui fut championne de natation et monitrice de fitness passionnée , reprend aujourd'hui, pas à pas, le cours de sa vie. Elle raconte dans un récit autobiographique son parcours en enfer, sa lutte pour la survie.

Victime parmi tant d’autres des attentats meurtriers qui ont frappé la capitale de l’Europe en ce jour noir. 32 morts et de nombreux blessés. Elle a failli basculer du côté obscur définitivement. Karen Northshield, c’est en quelque sorte l’étoffe des héros. Tenir à tout prix pour faire mentir le sort. Et partager son expérience.

Elle porte un long manteau noir. Silhouette élancée, longues mèches blondes qui bougent dans le vent. Ses lunettes laissent entrevoir un regard bleu profond. Intense. Un regard qui scrute, analyser, comprend, jauge aussi, évalue. Elle a un sourire haché, horizontal.
Karen Northshield revient de loin. Elle se tient bien droite. L’ancienne monitrice de fitness, qui fut championne junior de Belgique en 100 mètres et deux cent mètres papillon, reste une athlète dans l’âme. Elle a contredit tous les pronostics, a vaincu le mal qui la rongeait, au moins en partie. Munie de deux béquilles, elle se meut avec une volonté sidérante, elle doit aussi se reposer entre chaque effort.
On nous avait prévenus, il faut lui parler en clairement les mouvements de la bouche car elle a perdu dans l’attentat, entre moult blessures, une partie de son audition.
La jeune femme est vive, son français est parfait. C’est une polyglotte germaniste. Les traits de son visage et son filet de voix ferme rappellent un peu les plus belles heures de Jodie Foster.
Karen nous rejoint à Zaventem. A l’extérieur du bâtiment, non loin du Memorial Garden où a été déplacée la statue du sculpteur belge Olivier Strebelle, Vol en tête. Installée à l’origine dans le hall des départs de Zaventem, elle a été endommagée par les explosions du 22 mars 2016, peu avant 8 heures du matin. Ce lieu d’hommage a été inauguré par le Roi un an plus tard. Il est situé à l’entrée de Brussels Airport.
Karen nous rejoint à Zaventem. A l’extérieur du bâtiment, non loin du Memorial Garden où a été déplacée la statue du sculpteur belge Olivier Strebelle, Flight in Mind. Installée à l’origine dans le hall des départs de Zaventem, elle a été endommagée par les explosions du 22 mars 2016, peu avant 8 heures du matin. Ce lieu d’hommage a été inauguré par le Roi un an plus tard. Il est situé à l’entrée de Brussels Airport. Le site est à peine visible de la route. Le lieu, décrit comme sur des sites de promotion comme un havre de paix, ne semble pas appeler au recueillement collectif.
Nous avions demandé l’autorisation à l’aéroport pour une séance photo dans les règles de l’art. La réponse à fusé. «Brussels Airport a décidé de ne pas autoriser la réalisation de reportage (au sein du terminal) en lien avec les attentats qui ont frappés l’aéroport et ce par respect pour les victimes, leurs proches et pour l’ensemble du personnel aéroportuaire. Cependant un endroit qui pourrait convenir à votre reportage serait le Mémorial Garden qui a été créé en mémoire de victimes de ces attaques. »
Qu’à cela ne tienne, nous nous rendrons aux alentours de l’aéroport. Au bor des pistes. La jeune femme n’a pas émis d’objection à revenir non loin des lieux où sa vie d’avant s’est brisée en mille morceaux. Elle l’avait fait déjà dans le passé pour une commémoration officielle. Mais on sent que ce retour à quelques mètres du hall des départs, là où sa vie a basculé vers l’enfer, l’ébranle.
Elle serre les dents. Ce qu’elle veut aujourd’hui, c’est faire partager son expérience, en son nom et pour les autres victimes. Et lancer ce cri du cœur: les autorités belges n’ont pas été à la hauteur selon elle. Le gouvernement aurait pu, martèle-t-elle, aurait dû, empêcher ces attentats. Elle se dit terriblement en colère quant aux lacunes dans les soutiens dont les victimes bénéficient. Les compagnies d’assurances, celle de l’aéroport et celle du métro notamment, dit-elle, qui tardent à prendre acte.

22 mars 2016

Karen assiste à son vol pour la Floride. Elle doit y rejoindre l’un de ses frère et sa grand-mère. Elle est arrivée avec trois bonnes heures d’avance, est perplexe en voyant la fiche devant les enregistrements du comptoir de Delta Airlines. Patienter plus loin ou s’intégrer dans le long serpent? Elle hésite et décide de patienter dans la file.
Soudain elle est projetée à quelques mètres. Le souffle brûlant d'une déflagration. Elle le comprend instantanément. Les hurlements, l’obscurité partielle, l’odeur terrible. Un film d’horreur au ralenti. Elle rend compte très vite que sa vie ne tient qu’à un fil, se hisse sur un chariot à bagages. Elle verra des silhouettes, des victimes à l’agonie comme elle. D’autres humains qui s’approchent, jettent un regard rapide aux blessés et aux morts, se penchent vers eux parfois et s’éloignent. Plus tard, des secouristes s’approchent. Elle flanche à plusieurs reprises, glisse vers la mort, guette leur regard. L’un d’eux se penche sur elle, et puis part à son tournée. Elle réalise un tri des bénédictions est en cours. Dix fois durant ces minutes interminables, Karen Northshield a envoyé que sa vie peut lui échapper. Une dame lui parle. Garder la flamme coûte que coûte. Cela la sauvera.

Karen Northshield au Memorial Garden de Zaventem, où a été déplacée la statue Flight in Mind du scuplteur belge Olivier Strebelle. © Ronald Dersin / Paris Match Belgique
Ces moments terribles sont récurrents dans son esprit. Elle revit la scène fréquemment, sent la chaleur de la bombe Jusqu’au bout des …

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