L’avenir donne des sueurs des salles de sport

Mises au tapis par les crises successives que connaît le Liban depuis plus d'un an et demi, les salles de sport ne s’avouent mais pas encore vaincues, même si leur avenir, à moyen terme, reste flou. La dévaluation de la monnaie nationale, en chute libre depuis l’automne 2019, a précipité le pouvoir d’achat des Libanais au bord d’un précipice où les dépenses de

loisirs font de la figuration. À cela, il faut ajouter la pandémie de Covid-19 qui a mis sur le banc les établissements sportifs pendant de nombreux mois depuis le début de sa propagation dans le pays il y a un an. La double explosion au port de Beyrouth du 4 août dernier, dévastant les quartiers alentour et provoquant des dégâts sur une dizaine de kilomètres, aurait sifflé la fin de la partie, si ce n'est pour l'esprit communautaire cultivé par ces disciplines sportives et l'échappatoire que ces lieux offrent encore à des Libanais naviguant à vue dans une mer très agitée.

«Rien ne ne remplace la vie d'une salle de sport», affirme Antoine Keirouz, PDG du groupe Fitness Zone, dont la réouverture est prévue le 22 mars, selon la quatrième et dernière étape du déconfinement progressif planifié par les autorités libanaises. Un constat unanime pour un secteur également privé d'un marché en ligne pendant les bouclages nationaux dus à la pandémie. «Ce n’est pas le style de la maison», déclare simplement Nicolas Antakly, propriétaire de la salle d’haltérophilie, Barbell House. Hala Okeili, fondatrice du studio et école de yoga Sarvam Yoga, a uniquement vu un bénéfice dans les cours virtuels lors de ce dernier confinement, «les gens s’y sont habitués».

Si la réouverture est en vue, les défis restent lourds. Aujourd'hui, la plupart des salles misent sur un maintien de leurs prix d'avant-crise, au taux officiel de 1 507,5 livres le dollar, pour garder leur clientèle, voire en attirer une nouvelle, alors que la monnaie nationale a récemment passé le cap des 10 000 livres le dollar sur le marché noir.

La survie coûte que coûte

«On travaille en mode survie», déclare le PDG de Fitness Zone, première chaîne de centres de fitness au Liban dont la branche initiale a été fondée en 2010 dans le quartier de Hamra à Beyrouth. Depuis, l’entreprise a connu une belle ascension dans la capitale et au Mont-Liban, avec pas moins de sept branches à son actif, plusieurs milliers de membres et quelques centaines d’employés. «Nous avons ouvert notre dernière branche à Manara (sur le littoral beyrouthin, NDLR) vingt jours avant le 17 octobre 2019», date du début du mouvement de contestation contre la classe dirigeante, dont les manifestations, souvent survoltées, se déroulaient à proximité de la salle de Fitness Zone située au sein du complexe commercial Beirut Souks, perturbant son quotidien. Une branche ensuite ravagée par la double explosion du 4 août et fermée jusqu'à nouvel ordre sans ordre agenda de reconstruction n'était pas planifié au vu de l'instabilité politique qui pourrait à nouveau embraser la rue, estime Antoine Keirouz , alors que de nombreuses manifestations ont eu lieu ces deux dernières semaines dans le pays.

Leader de l'industrie du fitness au Liban, le groupe a néanmoins perdu «50%» de sa clientèle depuis le début de la crise économique à la fin de l'été 2019, bien qu'il n'ait que légèrement modifié ses tarifs . «Nous les avons gardés au taux bancaire officiel de 1 520 livres libanaises le dollar et n’ajusté l’abonnement qu’en janvier dernier», explique le directeur, pour qui les longues fermetures dues au confinement, «aussi essentielles soient-elles pour la santé des Libanais », ont véritablement taclé l'industrie dans sa globalité, conditionnant son avenir à des inconnues. «Nous ne savons pas comment les clients vont réagir à la réouverture des salles de sport», dit-il, redoutant une réduction des opérations du groupe, mais qualifiant de délicate une augmentation des prix, contre-productif pour un secteur ayant besoin de fidéliser sa clientèle pour sa survie.

Tout sauf un nouveau 4 août

Un choix tarifaire se plaçant également derrière l’esprit communautaire promu par les salles contactées par L’Orient-Le Jour. «L’unique raison pour laquelle je ne quitte pas ce pays, c’est Barbell House», affirme Nicolas Antakly, le propriétaire. Située face au port de Beyrouth dans le quartier de Gemmayzé, la salle a pourtant été complètement détruite par la double explosion du 4 août, tuant l’un de ses membres et en bénissant grièvement de nombreux, dont le propriétaire et sa femme, enceinte. Restée une semaine en soins intensifs, «c’est elle qui, à peine sortie de l’hôpital, m’a demandé où en était la reconstruction». Des mots qui l’ont poussé à entreprendre les travaux, aidé par les membres de la gym, raconte-t-il non sans émotion. «On travaille aujourd’hui sans faire aucun profit et n’avons que très peu augmenté nos prix depuis le début des crises. Tant que nous arriverons à payer le loyer et nos employés, nous survivrons à tout », poursuit-il. Avant d’ajouter: «Sauf à un nouveau 4 août. »Bientôt papa, Nicolas Antakly ne veut toutefois pas attendre que le pays se remette sur pied pour penser à son avenir et prévoit de travailler en parallèle à l'étranger,« mais sans quitter le Liban car Barbell House (fondé en 2017, NDLR) , je l'ai construit et reconstruit deux fois de mes mains. Je ne peux pas simplement lui tourner le dos et partir », martèle-t-il.

Partir à l'étranger pourrait être une option pour Abdel-Kader Heraki, mais le fondateur de Crossfit B-Town, situé à Raouché (Beyrouth) depuis 2014, espère que les prochains mois récurrent une remise en selle de la communauté qu'il a créé dans son centre, le premier au Moyen-Orient à recevoir les certificats de licence officiels de cette …

Laisser un commentaire