Les fitness sont-ils encore utiles?

Les ventes de matériel sportif en ligne sur bondi, la fréquentation des parcours Vita et des pistes d'athlétisme restées ouvertes à la prison de l'ascenseur, les packs de bouteilles d'eau se sont reconvertis en haltères, les cadres de lit en barre à développé -couché. Partout, les abonnés des salles de fitness ont dû se réinventer, loin du «confort» de leur cadre d’entraînement habituel. Trouver des solutions pour rester en forme, préparer cet objectif à venir, sculpter son corps pour l’été. Un défi pris sérieusement par les amoureux des regrets cours collectifs, séances pecs / bras et autres circuits training en groupe. Et derrière la contrainte du brusque changement d’habitudes, beaucoup découvrent les joies de s’entraîné différemment, de se faire mal autrement.

«Ça m’a ouvert les yeux», jubilé Jean-Luc, trentenaire et habitué de longue date des fitness. Entre le triathlon et la musculation, l’homme s’entraîné quasi quotidiennement, jusqu’ici le plus souvent en salle. «Quelque part, cette épidémie a provoqué le déclic dont j’avais besoin. Effectuer mes séances à l’extérieur, j’y avais déjà songé, sans jamais passer à l’acte. Sans doute parce que j’étais, comme beaucoup, un peu prisonnier de ma routine. Un fitness, c'est le confort, on finit par s’y rendre machinalement. »

Des vidéos gratuites sur internet

Jusqu’à oublier pourquoi on en prend le chemin? «Je n'irais pas si loin, reprend celui qui sera notamment au départ de Sierre-Zinal cet été, si les conditions le permettent. Aller dans une salle de sport ouvre un éventail d’exercices impressionnants, dont certains sont impossibles à reproduire dehors. Mais rien qu'avec un TRX (ndlr: un système de sangles destiné à réaliser une multitude d’exercices), je me rends compte que je parviens à maintenir mon physique, tout en découvrant d’autres sensations en m’entraînant. »

Ainsi, les séances à l'extérieur deviennent complémentaires de celles pratiquées en salle. C’est d’ailleurs la solution opérée par Jean-Luc. «Dorénavant, je passe les six mois de l’année les plus chauds dehors, et le reste, l’hiver, à l’intérieur.» Pour une économie non négligeable de plusieurs centaines de francs. Ça aussi, ça compte.

L’idée de renoncer totalement à son abonnement à travers l’esprit de Virginie. Fidèle participante aux cours collectifs proposés par la chaîne Allons-y, la Lausannoise de 34 ans fréquente les salles de la firme depuis une petite décennie. «Je me suis aperçue qu’on pouvait retrouver sur internet toutes les vidéos utilisées habituellement pour mes cours. Pour le coup, je fais la même chose qu'autre salle, mais devant ma télé. »
Avec les avantages que cela comporte: pas de déplacement, aucun code vestimentaire à respecter, la possibilité de jongler avec une autre activité en même temps.

Plus personne pour motiver

«Ça, c'est le bon côté. À l’inverse, j’y perds l’expertise d’un coach qui serait en mesure de corriger ma posture. Ce n'est pas trop un problème pour moi, mais ça le serait clairement plus pour une débutante. » Et puis, quand ça devient dur, quand ça commence à chauffer, tout est plus compliqué: «Je n'ai personne autour de moi pour me pousser à continuer. Si on n’est pas particulièrement motivée, c’est très difficile d’être aussi efficace à la maison qu’au fitness. »

La motivation, on y vient enfin. Là où certains ont lutté pendant des mois, voire des années pour trouver leur au sein d'un centre spécialisé, voilà qu'il faut tout recommencer, mais dans un environnement où tout est à inventeur soi-même. Zoran, pourtant visiteur quotidien d'une forme physique, fait partie de ces gens qui n'arrivent tout simplement pas.

«J’ai bien tenté de faire quelques pompes, mais ça s’arrête là», grince-t-il, impatient de voir les portes de sa salle se rouvrir. Lui qui, en temps normal, court une heure tous les deux jours sur un tapis. «Dehors, je n’ai pas tenu vingt minutes…» Et chez lui l’homme est confronté aux distractions du quotidien, à commencer par sa famille. «C’est difficile d’atteindre le même niveau de concentration.»

À domicile, Julien, lui, est plutôt limité par une question d’espace. Ni sa chambre ni son salon ne lui offre une grande liberté de mouvement, et cet étudiant en médecine doit se contenter de quelques exercices de base, que lui-même une application téléchargée en début d’épidémie. «Le fitness, c’est surtout un moyen de m’entretenir, de me maintenir en forme. En somme, peu importe l’endroit où je m’entraîne. Mon idéal, ce serait même de l'éliminer d'un endroit dédié chez moi, avec un peu de matériel. »

Une salle de sport dans son garage

C’est à peu près à la même conclusion qu’arrive Coline. Sauf que la Genevoise, elle, ne milite pas dans la même catégorie. En attestent ses participations aux Championnats suisses, européens et mondiaux de powerlifting (discipline cousine de l’haltérophilie).

«J’ai encore la chance de fréquenter une salle à l’ancienne, où les gens savent se montrer respectueux et perdent souvent le fil de leur entraînement à provoquer une discussion qui s’éternise. Mais ce n'est plus la norme. Aujourd'hui, la majorité des gens vissent un casque sur leur tête, écoutent leur musique et passent leur séance dans leur coin. » Au final, quelle différence existe-t-il entre le fait de passer son entraînement seul chez soi ou seul en salle?

Dans son garage, où elle accueille volontiers ses voisins et où elle s’est aménagée dans un espace des plus fonctionnels, Coline se trouve en tout cas tout ce dont elle a besoin pour progresser. Tout, ou presque. «Il manque peut-être cette voix complice qui permet de se dépasser. Il me fallait aussi une installation pour le développé-couché et quelques exercices complémentaires. Mais, moyennant un peu de matériel supplémentaire, je suis convaincue …

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