«Un club de fitness n’est pas un centre médical»: imbroglio sur





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Les salles de sport, exigent fermées jusqu’au 20 janvier, accueillent certains publics comme les personnes peuvent d’obésité ou de cancers.

Aller se dépenser sur les machines est autorisé, à condition de présenter une prescription médicale. Mais le décret laisse place à l’interprétation et certaines salles de sport sont peu regardantes. Le syndicat du secteur appelle à respecter les règles.

Le temps est bien long pour les accrocs à la salle de sport. Si longtemps que certains implorent une prescription à leur médecin, afin de pouvoir remettre les pieds dans leur club. C’est ce que permet un décret paru le 29 octobre, qui autorise les salles de fitness, des demandes fermées jusqu’au 20 janvier, à accueillir les personnes «munies d’une prescription médicale». Mais attention, il ne s’agit pas de monter sur le tapis de cours pour brûler quelques kilos superflus ou s’aérer l’esprit!

Un public très limité

Contacté, le ministère des Sports martèle que cette dérogation concerne uniquement les publics prioritaires (sportifs de haut niveau, personnes handicapées, étudiants en filière sportive…), ainsi que les personnes présentant une prescription médicale pour activité physique adaptée (APA). C’est-à-dire celles de l’affection de longue durée (obésité, accident vasculaire cérébral, cancer…), et pour qui l’exercice est prescrit comme un traitement médical. On ne parle pas de rentabiliser son abonnement ou de préparer sa silhouette pour l’été, lâche le professeur Stéphane Oustric, membre du conseil national de l’Ordre des médecins. Il rappelle que l’APA nécessite un programme personnalisé, suivi par des accompagnateurs diplômés. Un club de fitness, ce n’est pas un centre médical.

«On ne va pas mener une enquête»

Mais le décret n’est pas si restrictif, et dans les faits, de nombreuses salles de sport se sont engouffrées dans la brèche. Avec plus ou moins de rigueur. L’Usine, qui garde ouvert l’un de ses trois clubs haut de gamme à Paris, vente d’un prix en charge sur mesure, avec kiné et coachs diplômés APA.

Les chaînes plus accessibles, comme Fitness Park ou Best Of Gym, ainsi qu’une foultitude d’indépendants, délivrent rarement ce type de prestations. Nous, on s’en tient au décret. Rien n'oblige pas la présence d'un coach agrée, se défend le gérant de trois salles de fitness sous franchise en Ille-et-Vilaine. Il assure que l’ouverture n’est pas rentable, mais permet de garder le lien avec les adhérents et de sortir ses employés du marasme qui dure depuis neuf mois. Quant au risque de prescription médicale de complaisance, il botte en touche: À partir du moment où le client montre sa prescription, on ne va pas mener une enquête. On n’est pas médecin!

Patrick Mazerot, PDG de la chaîne L’Appart, a opté pour la logique inverse. Faute de personnel adéquat, et face au risque de sanctions, les 200 clubs restent fermés. En plus, ouvrir pour une poignée de personnes ne serait pas rentable. Ça ne ferait que frustrer nos adhérents fidèles.

«Le mal de dos, c’est non»

Cette situation hétéroclite inquiète Thierry Doll, président du syndicat France Actif (1 700 salles de sport adhérentes): Je mets en garde les gérants de club. Seules les prescriptions médicales APA fonctionnent. Le mal de dos, c’est non.

Il plaide pour un renforcement des contrôles et, le cas échéant, des sanctions. Je ne supporterais pas que les clubs qui respectent la loi payante les pots cassés, lâche-t-il, rappelant que le secteur est déjà à bout de souffle. Les quelque 4 500 salles de sport en France emploient plus de 40 000 salariés. Entre 15 et 20% serait déjà en liquidation judiciaire.

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